By Nolan Kowal, Sport Performance Specialist

Joe Keeper a été mis à l’honneur à un musée de renommée internationale 100 ans après son exploit olympique.

 

Il a fait partie d’une exposition qui a eu lieu en 2012 au Smithsonian de Washington, pour souligner les réalisations des athlètes autochtones aux Olympiques.

 

Aux Jeux olympiques de 1912 à Stockholm, en Suède, Keeper est arrivé quatrième à l’épreuve de 10 000 mètres qu’il a terminée en 32 minutes et 36,2 secondes. Jusqu’en 2019, ce classement olympique est resté le classement le plus élevé qu’un Canadien ou une Canadienne a obtenu dans cette épreuve.

 

Keeper raconte comment s’est déroulée l’épreuve, qui a été remportée par le Finlandais Hannes Kolehmainen, dans une entrevue accordée à la Winnipeg Free Press en 1959.

 

« (Les quatre coureurs en tête de peloton) avaient couru ensemble sur une assez bonne partie du parcours quand le Finlandais a signalé que c’était une perte de temps ». Il n’était pas très grand, environ cinq pieds huit pouces, à peu près ma grandeur, mais je n’oublierai jamais ce sprint vertigineux qu’il a effectué pour nous battre tous les trois à la ligne d’arrivée », a dit Keeper.

 

Cadet d’une famille de dix enfants, Keeper est né à Walker Lake dans le Nord du Manitoba. Membre de la Première Nation crie de Norway House, il a été envoyé à une école résidentielle de Brandon. Le révérend Joseph Jones, moniteur à cette école et entraîneur de soccer, a éveillé l’intérêt du jeune pour la course et a commencé à l’entraîner. En 1946, Jones a dit à la Free Press que Keeper avait une excellente concentration comme coureur et qu’il n’avait pas besoin d’une montre pour évaluer son temps de course.

 

Le Winnipeg North End Amateur Athletic Club (WNEAAC) a aidé Keeper à trouver un emploi d’apprenti charpentier et ce dernier a déménagé en ville en 1910. Il s’est entraîné avec ce club pendant de nombreuses années.

 

En 1910, alors qu’il était âgé de 24 ans, il a participé à son premier Championnat canadien d’athlétisme à Montréal et s’est classé troisième à la course de cinq milles. Au championnat national de 1911, Keeper avait l’avance sur les Canadiens dans la course de trois milles et est arrivé deuxième, après le gagnant de New York. Cette année-là, il a établi un record canadien à la course de 10 milles (54-50), que personne n’a battu pendant 25 ans.

 

Keeper a remporté l’épreuve de 10 000 mètres aux essais olympiques canadiens de 1912 à Montréal. En plus de terminer quatrième à l’épreuve de 10 000 mètres aux Jeux olympiques de 1912, il s’est qualifié pour l’épreuve finale de 5000 mètres à Stockholm.

 

En 1914, les résidents de Brandon ont eu la chance de voir Keeper se mesurer à Tommy Brown, un futur olympien de cette ville, à une course sur route de 10 milles.

« Au pied de la colline, Keeper a piqué un sprint sur les derniers 100 mètres de rue asphaltée, ayant évidemment entendu parler du talent de sprinter que déployait Town à la fin d’une course de cinq ou dix milles, » lisait-on dans le Brandon Daily Sun. « Keeper a franchi la ligne d’arrivée et s’est retourné immédiatement pour féliciter le jeune Town, qui s’est révélé un très valeureux compétiteur. »

 

Keeper était tellement épuisé qu’il s’est assis sur une chaise pour accepter son trophée.

 

Town a participé par la suite aux Jeux olympiques de 1920. Quant à Keeper, il a seulement pris part aux Jeux olympiques de 1912. Les Jeux olympiques de 1916 ont été annulés à cause de la Première Guerre mondiale.

 

« La course, il a cela dans le sang », a déclaré son fils, Joseph Keeper, à PTN National News. « Il s’est enrôlé dans l’armée en 1916 et est parti pour l’étranger. Il a été messager pour le 107e Bataillon de pionniers. »

 

Tom Longboat, champion du marathon de Boston de 1907 et athlète olympique en 1908, est devenu estafette du 107e Bataillon de pionniers. Keeper a battu Longboat et gagné la course de trois milles lors d’une compétition tenue pour les soldats canadiens en France, en 1917. Cette année-là, les deux coureurs des Premières Nations ont fait équipe pour remporter, pour le Canada, le championnat de course cross-country interallié qui a eu lieu près de la crête de Vimy.

 

En 1918, Keeper a gagné les courses d’un mille et de trois milles au Championnat du Corps canadien qui a eu lieu en France le jour de la fête du Dominion. Environ 70 000 militaires ont pris part aux épreuves, soit baseball, football, crosse, tennis, boxe, lutte, volleyball et beaucoup d’autres activités. Environ 750 compétiteurs ont participé aux finales qui ont eu lieu le 1er juillet et ont accueilli une foule de 30 000 personnes.

 

Keeper a participé aux Jeux interalliés qui ont eu lieu en 1919, après la guerre.

 

« J’ai participé à la course sur route de dix milles dans les rues de Paris, où je me suis fait battre par un Américain », a-t-il dit à la Free Press en 1951.

 

Keeper a reçu la Médaille militaire pour bravoure à la Bataille de Cambrai.

 

Après la guerre, il est retourné à Winnipeg. Il s’est ensuite installé à Norway House et a travaillé pour la Compagnie de la Baie d’Hudson pendant 30 ans. Avec sa femme, il a élevé sept enfants.

 

Keeper a été intronisé au Temple de la renommée olympique du Canada en 1977 et au Panthéon des sports canadiens en 2015.

 

La première course commémorative annuelle Joe-Keeper–Angela-Chalmers, qui a été créée en l’honneur des deux athlètes olympiques autochtones du Manitoba, a eu lieu à Winnipeg en 2003 pour recueillir des fonds pour créer un fonds de bourses d’études pour les Premières Nations du Manitoba.